Savoir mourir.


dimanche 27 août 2006 par Algérien

Dans notre société, comme dans les autres, y a des règles aléatoires, des règles hors normes qu’on normalise par ignorance ou par négligence.

Un père, riche, qui refuse d’offrir à son fils ce soulier à neuf milles dinars, pour ne pas faire des jaloux, pour que les copains de son fils ne se sentent pas inférieurs ; on dit qu’il est vaniteux. Il se vante de sa générosité et de son humanisme, alors que l’autre mec, qui ose offrir un son enfant de treize ans, un téléphone portable ; on dit que c’est quelqu’un qui a du savoir-vivre.

Dans toutes les rues, les propriétaires des restaurant occupent illicitement des trottoirs et y installent anarchiquement leurs rôtisseries et barbecues, pour attirer les clients et s’en foutent de cet enfant, qui regarde ce poulet ou ces merguez et demande à son père ce que c’est. Ils s’en foutent de cette vieille veuve, qui a déjà oublié le goût de la viande et rêve d’oublier sa saveur. Tout ce que les intéressent, c’est d’attirer ces égoïstes nouveaux riches, qui leurs sont clients fidèles. Ces égoïstes qui sortent de chez eux à midi, pour prendre du sh’wa alors que leurs enfants mangent des légumes secs, plus durs que les cœurs de leurs pères. Le propriétaire du restaurant, on dit que c’est un bon commerçant, son client égoïste, fahshoush.

Après le dîner, lors d’une cérémonie de mariage -sinon le café comme il n y a de nos jours que les vieilles pauvres familles qui gardent la tradition d’offrir à manger pendant trois jours-, c’est le one-woman-show, pièce interprétée par la mariée qui fait un défilé de mode, ou de traditions. Elle fait ses invitées voir ce chic karakou, cette jolie bedâaia et cette si chère parure. Elle s’en fout des sentiments de cette pauvre invitée, qui ne rêve que d’une bague et d’une belle robe kabyle ou djellaba oranaise.

Le jour de l’Aïd, le papa fait la barbecue dans la cour de son domicile, tu entends ses enfants crier : Papa, je veux celle-là, non l’autre j’aime pas les cotes. On s’en fout du fils du voisin, qui d’adosse au mur et pleure en les entendant dire : Mais n’oubliez pas la part de Fox et Layka, c’est Haram qu’on mange et eux non. Ce pauvre gosse, qui envie à Fox sa Chienoté. Quel sympathique père, qui aime les enfants ; dit-on.

Le mois de Ramadhan, c’est dans moins d’un mois. Ne pensez pas qu’à votre ventre, regardez autour de vous, y a plein d’enfants qui n’attendent que ce pruneau qu’ils n’ont pas vu depuis la disparition de leur parent. Y a des vieux qui n’ont pas remis leurs dentiers depuis des années. Du pain, c’est tout le monde qui en a, partageons les desserts, les gâteaux et les boulettes de viande hachée.

C’est bien de savoir-vivre, mais c’est mieux de savoir qu’un jour tu mourras.



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